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Mot de sécurité dans un jeu de rôle : comment le choisir et l’utiliser à deux

Dans un jeu de rôle, tout peut se dire : « non », « arrêtez », « laissez-moi partir ». Ces mots font partie du scénario, et c’est justement ce qui pose problème : comment savoir si l’autre joue ou s’il ou elle veut vraiment arrêter ? Le mot de sécurité répond à cette question avant qu’elle se pose.

Ce guide explique comment choisir un mot, y ajouter un signal sans parole pour les moments où l’on ne peut plus parler, utiliser un système de couleurs, et réagir quand l’un de vous l’emploie.

Un jeu de rôle se joue entre adultes qui en ont envie tous les deux. Le mot de sécurité est ce qui garantit que cela reste vrai du début à la fin.

Pour savoir quels scénarios vous tentent tous les deux avant de fixer les règles, répondez chacun·e en privé avec l’app Yes · No · Maybe.

À quoi sert un mot de sécurité

Un mot de sécurité est un signal convenu à l’avance qui veut dire une seule chose : le jeu s’arrête maintenant. Il ne se discute pas, ne se commente pas et n’exige aucune explication de la part de celui ou celle qui le dit.

Il sert à séparer deux plans : ce qui appartient à la fiction (le refus joué, la résistance du personnage) et ce qui appartient à la réalité (une gêne, une douleur, un souvenir qui remonte, une fatigue). Sans ce mot, un « arrête » sincère et un « arrête » théâtral se ressemblent. Avec lui, tout le monde sait où on en est.

Il protège aussi le plaisir : on peut s’avancer plus facilement dans un rôle quand on est certain·e de pouvoir en sortir. Ce principe vaut pour toutes les scènes de rôle, des plus douces aux plus engagées, et il est détaillé dans notre guide de la négociation de scène.

Choisir son mot

Les bons mots de sécurité ont trois qualités.

Ils sont inattendus dans la scène. Évitez « non », « stop » ou « arrête », qui font souvent partie du jeu. Choisissez un mot qui ne risque pas d’apparaître par hasard : un fruit, un nom de ville, un objet sans lien avec votre scénario. « Ananas » en est un exemple.

Ils sont faciles à dire. Un mot court, clair, qu’on peut prononcer même ému·e, essoufflé·e ou la voix étouffée.

Ils sont partagés. Le mot appartient aux deux. Celui ou celle qui le prononce n’a pas à s’expliquer, et l’autre n’a pas à se sentir fautif·ve.

Vous pouvez aussi adopter un mot qui s’intègre au décor. Certaines fiches en proposent un qui respecte la fiction : « Fin de consultation » dans le jeu de rôle médecin et patient·e, « Commande annulée » pour la livraison, ou un message avec votre vrai surnom de couple dans Mauvais numéro. L’avantage : le mot ne casse pas l’ambiance. L’inconvénient : il peut se confondre avec une réplique. Le principe qui tranche : si vous avez un doute, un mot sans rapport avec la scène est plus sûr.

Prévoir un signal sans parole

Il y a des moments où l’on ne peut pas parler : un foulard sur la bouche, un baiser, une scène où l’un de vous doit garder le silence, ou simplement un souffle coupé. Pour ces moments, convenez d’un signal physique :

  • serrer le poing trois fois ;
  • taper deux fois sur le lit ou la table de nuit ;
  • lâcher un objet tenu dans la main, comme un petit coussin ou un foulard.

Le principe : un geste que l’on peut faire sans y penser, et que l’autre ne confond pas avec un mouvement du jeu. Convenez-en avant la scène et testez-le deux secondes : « Si je lâche ça, on arrête, d’accord ? »

Une règle simple s’applique quand des liens, un bandeau ou un foulard sont dans le jeu : gardez de quoi les défaire immédiatement à portée de main, et ne serrez jamais.

Vert, orange, rouge

Un seul mot d’arrêt peut sembler trop radical : il y a des situations où l’on veut juste ralentir. Beaucoup de couples utilisent donc trois couleurs.

  • Vert : tout va bien, on continue.
  • Orange : on ralentit, on change de rythme ou on fait un point rapide. Ce n’est pas encore un arrêt.
  • Rouge : on arrête tout, tout de suite.

L’intérêt de l’orange est de donner un cran intermédiaire : dire « orange » est moins lourd que dire « rouge », donc plus facile, donc plus utilisé. On peut aussi s’en servir pour changer un détail : « orange, plus doucement », « orange, pas là ».

Les couleurs se combinent bien avec un mot propre à la scène. Vous pouvez avoir un mot pour tout arrêter et dire « orange » ou « vert » pour moduler.

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Quand le mot est dit

Le moment où le mot de sécurité est prononcé compte autant que le mot lui-même. La réaction attendue tient en quelques gestes.

  1. On arrête immédiatement. Pas de dernière réplique, pas de « juste encore une seconde ». On retire les mains, on desserre les liens, on retire le bandeau.
  2. On sort du personnage. On reprend sa voix et son prénom habituels. On rallume la lumière si elle était tamisée.
  3. On couvre et on rassure. Une couverture, un verre d’eau, un geste tendre si l’autre l’accepte. Le but est le retour au calme, pas l’analyse.
  4. On ne pose pas de questions tout de suite. Celui ou celle qui a dit le mot choisit s’il veut en parler maintenant, plus tard ou pas du tout.
  5. On décide ensemble de la suite : reprendre autrement, changer de jeu, passer à autre chose ou s’arrêter pour ce soir.

Dans tous les cas, personne ne fait de reproche, ni sur le moment ni après. Le mot de sécurité fonctionne parce qu’il n’a jamais de coût.

Les erreurs qui le rendent inutile

Quelques écueils reviennent :

  • Le choisir sans en parler. Un mot décidé par un seul ne protège personne. Dites-le à voix haute avant de commencer.
  • Ne pas s’en servir par politesse. On croit gâcher la soirée, alors qu’un arrêt tôt vaut mieux qu’un malaise qui s’installe. Le mot est fait pour être utilisé, et l’utiliser n’est pas un échec.
  • Réagir à contrecœur. Soupirer, insister, demander « pourquoi ? » : ce sont des façons de punir l’emploi du mot, et elles le rendent plus difficile à dire la prochaine fois.
  • L’utiliser comme sanction ou comme argument de dispute. Un mot de sécurité sert à s’arrêter, pas à marquer un point.
  • L’oublier d’une fois sur l’autre. Redonnez-le en une phrase au début de chaque jeu, même si vous le connaissez par cœur.

Aller plus loin

Le mot de sécurité est un des outils d’un cadre plus large. Le guide sur le consentement dans le couple explique pourquoi un accord doit pouvoir être retiré à tout moment, et la page négociation de scène décrit la conversation à avoir avant une scène plus engagée.

Une fois le cadre posé, le plaisir peut venir : voyez tous les jeux de rôle pour couples, et pour ce qui suit la scène, après un jeu de rôle : débrief et retour au calme.